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Important pillage de l’épave Fort Royal 1 (IIe s. av. J.-C.), les services de l’État se coordonnent pour protéger les biens culturels maritimes
Important pillage de l’épave Fort Royal 1 (IIe s. av. J.-C.), les services de l’État se coordonnent pour protéger les biens culturels maritimes
28 avr. 2022

Le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) du ministère de la Culture a mis en place cette semaine une opération de sauvetage d’urgence, en étroite coopération avec la préfecture maritime de la Méditerranée, pour protéger une épave majeure, au large de Cannes (Alpes-Maritimes), d’une opération structurée de pillage.

Découverte en 2017 par Jean-Pierre Joncheray et Anne Lopez-Joncheray, l’épave Fort Royal 1 se situe au nord de l’île Sainte-Marguerite (archipel de Lérins). Il s’agit d’un navire chargé d’amphores gréco-italiques, qui contenaient du vin en provenance de la côte tyrrhénienne, et datées du premier quart du IIe s. avant notre ère.

Les épaves bien conservées de cette période sont particulièrement rares.  C’est pourquoi l’opportunité de pouvoir étudier à la fois la coque en bois comme la cargaison est tout à fait exceptionnelle. Ce site archéologique constitue donc une occasion unique qui nécessitait une fouille exemplaire. C’est lors du lancement de celle-ci que le constat d’un pillage, important, récent et encore en cours a été fait, par l’équipe co-dirigée par Franca Cibecchini (DRASSM) et Pierre Poveda (Centre Camille Jullian / Aix Marseille Université – CNRS).

Elle a ainsi découvert sur place, à l’occasion des premières plongées, des éléments matériels et des outils utilisés par les pilleurs, mais aussi fait le constat que de nombreuses amphores avaient malheureusement déjà été prélevées en toute illégalité. Les pertes d’information scientifique et historique sont probablement majeures. Le programme de recherche sera revu en conséquence, pour prendre en compte cette situation nouvelle.

 

En réaction à ce saccage d’un site patrimonial majeur, les services de l’État coordonnent leurs réponses, dans le cadre de l’action de l’État en mer. La zone est désormais interdite au mouillage et à la navigation. Les moyens du DRASSM sont largement mobilisés pour sauver le site : avec le déploiement de deux navires scientifiques du service, d’archéologues, de responsables de plongée et de spécialistes de la conservation préventive.

Au-delà de la mise en œuvre d’une protection durable de ce site d’importance, le DRASSM et la préfecture maritime de la Méditerranée vont également poursuivre et accentuer leur travail de fond sur l’adaptation de la protection des épaves, et plus largement de l’ensemble des sites patrimoniaux immergés, des nouvelles formes de délinquance.

En détournant les outils techniques et technologiques mis en œuvre pour l’étude, la protection et la valorisation de ce bien commun qu’est le patrimoine immergé, les pilleurs ne se contentent pas de prélever des objets, le plus souvent de manière organisée et à des fins commerciales ; ils détruisent des sites et en rendent l’étude bien plus complexe, voire impossible, alors que, par exemple, l’épave Fort Royal 1 pourra nous dévoiler une part de l’histoire maritime hellénistique, dans le cadre de la fouille scientifique qui ambitionne de restituer au public une illustration de l’essor du commerce du vin lors l’expansion de Rome dans la Méditerranée occidentale.

 

Photo d'illustration : Second niveau d'amphores au contact avec la coque (©P.Soubias CCJ-CNRS)